Observation des conditions de détention et assistance aux détenu(e)s

En dépit des efforts déployés par la communauté internationale pour établir une protection spécifique aux différentes catégories des détenu(e)s (Règles de Nelson Mandela, Règles de Bangkok, Règles des NU pour la protection des mineurs privés de liberté); et des chantiers engagés au niveau national pour la révision du cadre juridique pénal et carcéral (projet de loi N°23-98 sur les prisons, avant-projet de loi relatif à la réforme du Code pénal, mécanisme national de prévention (MNP), mécanisme national de surveillance des lieux de détention, projet de réforme du Code de procédure pénale) ; La question pénitentiaire au Maroc continue de faire l’objet d’attention et d’inquiétude face à l’état des lieux du système pénal et carcéral qui demeure éloigné du modèle prôné par les règles et normes internationales en la matière et les nouvelles dispositions de la Constitution de 2011.

De nombreuses violations inhérentes aux différentes formes de discriminations et de mauvais traitements persistent encore, le recours massif aux peines privatives de liberté aggrave le surpeuplement carcéral qui impacte la qualité des services dispensés aux détenu(e)s, réduisant leurs chances de réinsertion au sein de la société. La refonte du système pénal devient primordiale face aux profondes mutations d’ordre économique, social, politique, culturel, technologique… auxquelles fait face la société marocaine.

Face à cette situation, et dans le but de contribuer à la protection des droits fondamentaux des prisonnier(e)s, l’OMP mène un travail d’observation des conditions pénitentiaires au Maroc et publie annuellement un rapport sur la situation des prisons dans le but d’interpeller et de sensibiliser les autorités et l’opinion publique aux problèmes carcéraux.

Ces rapports permettent de :

  • Dresser un état des lieux de la situation carcérale à différents niveaux : cadre international relatif à la protection des droits des prisonniers, cadre juridique national, statistiques relatives aux prisons et à la répartition de la population carcérale en fonction de  la situation pénale, doléances des détenu(e)s, peine de mort, etc.
  • Mesurer et évaluer le niveau de réalisation des engagements gouvernementaux et de mise en œuvre des plans, programmes et projets de réforme en cours en matière de politique carcérale et pénale.
  • Formuler des recommandations par catégories et engager sur cette base des dialogues ciblés entre les acteurs de la société civile et les autorités concernées, pour des réformes du système juridique pénal et carcéral au Maroc garantes de la protection et du respect des droits humains et la dignité des détenu(e)s au Maroc.  

Aussi, au fil de son expérience, l’OMP a relevé un besoin pressant des prisonnier(e)s à un soutien effectif et il s’avère que le rôle d’intermédiation que joue l’OMP à travers ses interventions (visites, suivi des doléances, assistance juridique) a répondu à des demandes parfois désespérées de prisonniers. La dimension de solidarité, d’appui et d’aide humanitaire contribue en effet à alléger la souffrance liée à la détention et à réduire les risques de récidives.

Ce travail est réalisé par l’OMP à travers les axes d’intervention suivants :

Suivi des doléances des détenu(e)s : La loi 98/23  régissant les établissements pénitentiaires prévoit, dans ses chapitres 98 et 99, les procédures de doléances des détenu(e)s. Dans ce cadre, l’OMP met en œuvre un dispositif de monitoring du respect des droits et de la dignité des prisonnier(e)s. Pour ce faire, il travaille avec un avocat chargé du suivi des doléances des détenu(e)s. Celui-ci a pour tâche de traiter les doléances transmises à l’OMP ou présentées lors des visites des lieux de détention, en se basant sur les lois nationales et les conventions internationales des droits humains relatives à l’administration des prisons. Sous la supervision du Bureau exécutif de l’OMP, il rédige des procédures et des courriers aux autorités concernées, pour la prise en charge des plaintes des détenu(e)s par l’administration pénitentiaire et leur résolution. Une moyenne de 200 dossiers sont traités annuellement. Des rapports annuels sur les doléances sont élaborés, publiés et diffusés aux autorités compétentes, aux acteurs administratifs, institutionnels et politiques concernés, aux médias et aux organisations de défense des droits humains. Ces rapports contribuent à apprécier les types et le niveau de disfonctionnements et d’évaluer le niveau de respect de la loi et des normes internationales relatives aux droits humains des prisonniers par les administrations pénitentiaires et le personnel des prisons. Il permet également d’engager des actions d’assistance ciblées et adaptées aux besoins les plus criants et de sensibiliser, mobiliser les réseaux de solidarité et de soutien aux détenus et leurs familles.

Assistance juridique aux détenu(e)s et sensibilisation – accompagnement : Outre le droit à l’assistance judiciaire fournie aux détenu(e)s relative au déroulement du procès, plusieurs problèmes d’ordre administratif, social, de santé, économique, etc. sont vécus par les détenu(e)s, ces problèmes n’étant pas pris en charge par ladite assistance judiciaire. L’OMP intervient dans le champ de l’assistance juridique aux détenu(e)s dans le cadre d’une Convention avec la DGAPR, en vertu de laquelle des avocats sont mis à la disposition des prisonniers afin de leur fournir des informations juridiques sur leur situation d’incarcérés, sur leurs droits, ainsi que pour engager des procédures avec les administrations compétentes pour le règlement de ces problèmes. Des personnes ressources (professionnels et représentants d’OSC) sont également mobilisées lors des visites pour la dimension de sensibilisation – accompagnement. Cet axe d’intervention comprend la formation de groupes d’avocats, leur mobilisation à travers des missions d’assistance juridique aux détenu(e)s et leurs familles dans une dizaine de prisons du Royaume touchant environ 300 détenu(e)s par année, l’élaboration et la diffusion de matériel de sensibilisation, l’animation de séances spécifiques d’information, de sensibilisation et d’accompagnement, notamment sur les problèmes en lien avec la santé mentale, et ceux spécifiques aux femmes incarcérées, aux jeunes…, et l’élaboration de rapports périodiques et statistiques sur les résultats des actions d’assistance juridique et d’accompagnement.

« Axe de travail pour l’abolition de la Peine de Mort »

Contexte :

L’action de l’OMP s’inscrit dans l’enracinement des principes de l’État de Droit et de la mise en place d’institutions démocratiques. La Constitution marocaine de 2011 vient confirmer cette volonté de garantir les Droits des détenu(e)s, notamment dans son « Article  23 » et reconnait le droit à la vie à tout être humain dans son « Article 20 », droit sensé être protégé par la loi.

Or, la législation pénale marocaine maintient la peine de mort, tout en adoptant une politique judiciaire tendant à restreindre et à limiter la condamnation et l’exécution de cette peine. En effet, le nombre de condamnés à mort aujourd’hui ne dépasse pas 125 et la peine capitale n’a pas été exécutée depuis 1993 au Maroc. Néanmoins, l’OMP considère que la peine de mort est un châtiment cruel, inefficace face au crime et reflétant l’échec de la justice, jamais à l’abri d’erreurs mais cependant irréparable. Cela, sans compter les conséquences psychologiques désastreuses qu’entrainent l’attente de l’exécution, car même si la peine n’est pas exécutée, sa menace plane et aucune disposition de la loi ne pourrait l’empêcher actuellement.

Modalités d’action :

Ainsi, l’OMP, dans le cadre de larges réseaux associatifs, intellectuels, professionnels…qui réclament l’abolition de la peine capitale des lois marocaines, articule des campagnes (conférences de presse, activités de communication, plaidoyer) pour réactiver le débat sur l’abolition de la peine de mort au Maroc, en coordination avec la Coalition Marocaine Contre la Peine de mort (CMCPM), le Réseau des Avocats Contre la Peine de Mort (RACPM), le Réseau des Parlementaires Contre la Peine de Mort (RPCPM), Amnesty section Maroc, Ensemble Contre la Peine de Mort (ECPM – France), etc.

De plus, l’OMP intervient dans le champ de l’assistance Juridique aux détenu(e)s dans le cadre d’une Convention avec la DGAPR, en vertu de laquelle des avocats sont mis à la disposition des prisonniers afin de leur fournir des informations juridiques sur leur situation d’incarcérés, sur leurs droits, ainsi que pour engager des procédures avec les administrations compétentes pour le règlement de ces problèmes.  En effet, plusieurs problèmes d’ordre administratif, social, de santé, économique, psychologiques, etc. sont vécus par les prisonniers, dont les condamné(e)s à mort.

Cet axe d’intervention de l’OMP comprend la formation de groupes d’avocats et leur mobilisation à travers des missions d’assistance Juridique aux détenu(e)s et leurs familles et de suivi/traitement des dossiers de doléances des détenu(e)s. Des personnes ressources (professionnels et représentants d’OSC) sont également mobilisées lors des visites des condamné(e)s à mort, pour la dimension d’accompagnement et de sensibilisation.

Stratégie de l’OMP en matière de réinsertion socioéconomique et de lutte contre la récidive « Pour la mise en place d’une stratégie nationale intégrée »

Contexte :

Au cours des 10 dernières années, des efforts considérables ont été réalisés en matière de réforme du système pénitencier et du système pénal au Maroc, attestant de la volonté des autorités du pays à œuvrer pour l’amélioration des conditions matérielles, morales et humaines des prisonniers et contribuer à augmenter leur potentiel de réinsertion socioéconomique ; considérant que la récidive et la réinsertion dans la société sont étroitement tributaires des conditions d’emprisonnement.

A cet effet, il convient de rappeler les éléments-clé de la réforme engagée:

  1. Création de la Délégation Générale de l’Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion jouissant de l’autonomie financière et juridique
  2. Création du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH)
  3. Création de l’Observatoire des Droits de l’Enfant(ODE)
  4. Instauration de l’Instance « Equité et Réconciliation » (IER)
  5. L’Instauration de l’Initiative Nationale du Développement Humain (INDH)
  6. Instauration de DIWANE AL MADALIME (pour les doléances) Institution du Médiateur
  7. Constitutionnalisation des droits des prisonniers (Articles 20 et 23) – 2011

Si plusieurs stratégies et programmes sectoriels sont mis en œuvre en matière de réinsertion socioéconomique des détenu(e)s, notamment par la DGAPR dans le cadre de partenariats avec le PNUD, l’Union européenne et des Etats membres, par le Ministère de la Jeunesse et des Sports et par la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus, il n’existe pas de cadre stratégique commun permettant d’orienter les politiques publiques en matière de réinsertion socioéconomique et de capitaliser les efforts des différents acteurs publics et privés concernés par cette problématique sociétale.  

De plus, bien que des statistiques existent sur le nombre/qualité de bénéficiaires aux programmes d’alphabétisation, de formation académique et de formation professionnelle dispensés dans les établissements pénitenciers, les centres de réhabilitation pour mineurs, y compris les centres pour les filles ; force est de constater qu’aucune statistique fiable n’est disponible aujourd’hui sur le taux de réinsertion des prisonniers au terme de leur peine, ni sur le taux de récidive, et lorsqu’elles sont communiquées, ces données divergent souvent d’une autorité à l’autre (Ministère de la Justice, Administration pénitentiaire, Police judiciaire, Gendarmerie royale…). Selon le rapport annuel de la DGAPR pour 2017, le taux de récidive avoisinerait les 36%, sur une population carcérale de 81 141 détenus.

Stratégie de l’OMP en matière de réinsertion et de lutte contre la récidive :

Face à ce constat, l’Observatoire Marocain des Prisons, conformément à sa mission de protéger et promouvoir les droits des détenu(e)s et de formuler des propositions pour la mise en œuvre de cadre normatif et de mesures pour la réhabilitation et la réinsertion socio-économique des détenu(e)s et particulièrement des mineurs, intervient dans le champ de la « réinsertion et de la lutte contre la récidive » selon différentes modalités :  

Réalisation d’une étude sur la réinsertion socioéconomique des détenus et la récidive :

Dans l’objectif de documenter ces problématiques, de produire des statistiques fiables et de dégager des lignes directrices pour l’élaboration d’une stratégie nationale intégrée en matière de réinsertion socioéconomique et de lutte contre la récidive.

Les résultats de cette étude permettront d’ouvrir un débat avec les différentes autorités et acteurs concernés pour la mise en œuvre d’une stratégie nationale à même de :

  • Fournir des réponses adéquates et spécifiques à ces problématiques sociétales
  • Permettre un suivi des politiques publiques en matière de réinsertion et de lutte contre la récidive
  • Assurer la cohérence dans l’action gouvernementale en matière de réinsertion et de lutte contre la récidive
  • Orienter et mutualiser les efforts des différents acteurs publics et privés concernés
  • Renforcer les investissements ciblés et complémentaires
  • Renforcer les plans et programmes sectoriels existants

Cette stratégie nationale devra impliquer :

  • Les représentants des ministères et institutions publiques impliqués dans la réforme pénitentiaire et composant la commission interministérielle : Justice, Santé, Education et Formation Professionnelle, Jeunesse et Sports, la DIDH, les acteurs judiciaires
  • Le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH)
  • La Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus
  • Le secteur privé
  • Les OSC

Méthodologie :

Cette étude, qui aborde plusieurs dimensions, sera conduite selon une démarche pluridisciplinaire et multi-acteurs.

  • Une équipe de chercheurs sera mobilisée (experts, statisticiens, sociologues, juristes, économistes…) pour le volet « étude qualitative et quantitative » ;
  • Un groupe de professionnels de la justice (avocats, juristes…) sera mobilisé pour le volet « propositions législatives » ;
  • 4 ateliers scientifiques seront réalisés avec les différents acteurs concernés : (1-DGAPR, 2- MJS, 3- Centre de réforme pour les filles, 4- Ensemble des acteurs (DGAPR, commission interministérielle, CNDH, F-MVI, secteur privé, OSC).
  • Les résultats seront présentés en conférence de presse et constitueront la base du plaidoyer envers les autorités concernées.

Assistance juridique aux détenu(e)s, sensibilisation – accompagnement :

L’OMP intervient dans le champ de l’assistance juridique aux détenu(e)s et de suivi des doléances, dans le cadre d’une Convention avec la DGAPR, en vertu de laquelle des avocats sont mis à la disposition des détenu(e)s afin de leur fournir des informations juridiques sur leur situation d’incarcérés, sur leurs droits, ainsi que pour engager des procédures avec les administrations compétentes pour le règlement de ces problèmes. En effet, plusieurs problèmes d’ordre administratif, social, de santé, économique, etc. sont vécus par les prisonniers, ces problèmes n’étant pas pris en charge par l’assistance judiciaire fournie aux détenu(e)s relative au déroulement du procès.

Cet axe d’intervention de l’OMP comprend la formation de groupes d’avocats et leur mobilisation à travers des missions d’assistance juridique aux détenu(e)s et leurs familles et de suivi & traitement des dossiers de doléances des détenu(e)s. Des personnes ressources (professionnels et représentants d’OSC) sont également mobilisées lors des visites des détenu(e)s pour la dimension de sensibilisation et d’accompagnement qui comprend : – la distribution de documentation de sensibilisation sur les droits des détenu(e)s, – des entretiens individuels et de groupes, ainsi que – des activités de sensibilisation et de renforcement personnel, notamment à travers la culture et l’art. Cet axe de travail de l’OMP touche en moyenne 300 détenu(e)s par année (hommes, femmes et mineurs), d’environ 15 établissements pénitentiaires au Maroc. C’est ainsi qu’en 2018, 5 activités de renforcement personnel ont été organisées dans les centres de réhabilitation pour mineurs (Tanger (1), Benslimane (1), Marrakech (1), Casablanca(2)), co-animées par un intervenant artistique (ateliers de peinture) et des membres de l’OMP (professeurs, avocats, juristes, médecins…) au profit de plus de 100 jeunes détenu(e)s, y compris des femmes.

Mise en œuvre de micros projets de réinsertion / lutte contre la récidive :

Trois (3) micro projets seront menés en 2020 par des OSC en faveur des pensionnaires des établissements pénitentiaires et centres de rééducation pour mineurs, dans l’objectif de contribuer à l’humanisation des conditions de détention et à la préparation des détenu(e)s à leur insertion dans l’environnement social et économique. Il s’agira d’appuyer des projets pouvant fournir un accompagnement social, de développement des compétences et de renforcement personnel pour que les détenu(e)s, particulièrement les jeunes, soient outillés afin d’affronter positivement la période de retour à la liberté et de réinsertion.

Types d’activités financées :

Des actions de renforcement personnel par la culture, la création artistique, des activités de formation, de renforcement/développement des capacités, des actions d’orientation et d’accompagnement pour la re-scolarisation ou la scolarisation, des actions de réseautage et la mise en place de banques de ressources pour la réinsertion professionnelle des détenu(e)s, des actions de coaching pour la recherche d’emplois, etc.

Entités éligibles à l’octroi de micro-financements:

Les organisations de la société civile, avec une priorité accordée aux organisations œuvrant dans les champs et/ou en direction des détenu(e)s, de la jeunesse en situation de précarité, des femmes, de l’handicap, dans le domaine de la formation, de l’emploi et de l’auto-emploi (entreprenariat, TPE,…), de la culture, etc.

Les détenu(e)s étrangers au Maroc

Conformément à sa mission de contribuer à la protection des droits fondamentaux des prisonnier(e)s et à fournir un accompagnement et un soutien humanitaire aux détenu(e)s et à leurs familles, et préoccupé par la situation migratoire exacerbée par les bouleversements politiques et les conflits dans la région qui entrainent de nouvelles problématiques carcérales et pénales, l’Observatoire Marocain des Prisons a intégré dans sa stratégie, un axe de travail sur  les prisonnier(e)s étrangers au Maroc à travers lequel il entend contribuer à garantir le respect des droits et la dignité des étrangers en détention au Maroc, en tant que catégorie vulnérable.

MODALITÉS D’INTERVENTION :  

Un guide de sensibilisation à l’attention des détenu(e)s étrangers au Maroc

L’OMP est en cours d’élaboration d’un guide de sensibilisation pour les détenu(e)s étrangers au Maroc qui paraîtra début 2019 en 3 langues (Français, Anglais et Arabe).

Cet outil convivial et pratique, vise à :

Informer et sensibiliser les détenu(e)s étranger(e)s sur leurs droits et leur situation d’incarcéré(e)s au Maroc;

Fournir des conseils pratiques aux détenu(e)s étranger(e)s sur les modalités et procédures à suivre pour réclamer leurs droits fondamentaux;

Contribuer à faciliter la communication des détenu(e)s étranger(e)s avec l’environnement carcéral et avec l’extérieur, et assurer leur accès à l’information ;

Répertorier des ressources afin de fournir un accompagnement et un soutien adapté aux détenu(e)s étranger(e)s.

Ce guide est réalisé avec l’accompagnement d’experts, selon une démarche qui repose d’une part sur l’analyse documentaire des textes législatifs et convention afférents, mais surtout, sur l’analyse des données qualitatives collectées auprès d’associations œuvrant pour la protection des droits humains et des droits des migrants et par le biais d’entretiens réalisés auprès de 77 détenu(e)s étrangers d’Europe, de l’Afrique, du Moyen Orient et d’Amérique Latine incarcérés dans les prisons d’Oukacha et d’Al Arjate 1.

Ateliers de sensibilisation, assistance juridique et réseaux de solidarité

En 2019 et 2020, des ateliers seront animés et des visites seront réalisées par les équipes de l’OMP composées d’avocats, de défenseurs des droits humains, de professionnels de la santé, dans les établissements pénitentiaires de différentes villes du Maroc. Ceci, dans l’objectif d’informer et de sensibiliser les détenu(e)s étrangers quant à leurs droits, de leur fournir de l’assistance juridique et de récolter et suivre les dossiers de doléances, ainsi que de faciliter l’accès aux circuits et réseaux d’assistance et de solidarité, etc.

Échanges d’expériences et de bonnes pratiques

Des visites d’établissements pénitentiaires seront réalisées par les membres de l’OMP à l’étranger afin de développer des partenariats à l’échelle régionale et internationale et d’échanger sur les expériences réussies dans différents pays en matière de soutien et d’accompagnement aux détenu(e)s étrangers. Ces visites seront également l’occasion d’animer des ateliers de sensibilisation au profit des marocain(e)s détenu(e)s dans les prisons à l’étranger.  

Observation des conditions de détention et assistance aux détenu(e)s

En dépit des efforts déployés par la communauté internationale pour établir une protection spécifique aux différentes catégories des détenu(e)s (Règles de Nelson Mandela, Règles de Bangkok, Règles des NU pour la protection des mineurs privés de liberté); et des chantiers engagés au niveau national pour la révision du cadre juridique pénal et carcéral (projet de loi N°23-98 sur les prisons, avant-projet de loi relatif à la réforme du Code pénal, mécanisme national de prévention (MNP), mécanisme national de surveillance des lieux de détention, projet de réforme du Code de procédure pénale) ; La question pénitentiaire au Maroc continue de faire l’objet d’attention et d’inquiétude face à l’état des lieux du système pénal et carcéral qui demeure éloigné du modèle prôné par les règles et normes internationales en la matière et les nouvelles dispositions de la Constitution de 2011.

De nombreuses violations inhérentes aux différentes formes de discriminations et de mauvais traitements persistent encore, le recours massif aux peines privatives de liberté aggrave le surpeuplement carcéral qui impacte la qualité des services dispensés aux détenu(e)s, réduisant leurs chances de réinsertion au sein de la société. La refonte du système pénal devient primordiale face aux profondes mutations d’ordre économique, social, politique, culturel, technologique… auxquelles fait face la société marocaine.

Face à cette situation, et dans le but de contribuer à la protection des droits fondamentaux des prisonnier(e)s, l’OMP mène un travail d’observation des conditions pénitentiaires au Maroc et publie annuellement un rapport sur la situation des prisons dans le but d’interpeller et de sensibiliser les autorités et l’opinion publique aux problèmes carcéraux.

Ces rapports permettent de :

  • Dresser un état des lieux de la situation carcérale à différents niveaux : cadre international relatif à la protection des droits des prisonniers, cadre juridique national, statistiques relatives aux prisons et à la répartition de la population carcérale en fonction de  la situation pénale, doléances des détenu(e)s, peine de mort, etc.
  • Mesurer et évaluer le niveau de réalisation des engagements gouvernementaux et de mise en œuvre des plans, programmes et projets de réforme en cours en matière de politique carcérale et pénale.
  • Formuler des recommandations par catégories et engager sur cette base des dialogues ciblés entre les acteurs de la société civile et les autorités concernées, pour des réformes du système juridique pénal et carcéral au Maroc garantes de la protection et du respect des droits humains et la dignité des détenu(e)s au Maroc.  

Aussi, au fil de son expérience, l’OMP a relevé un besoin pressant des prisonnier(e)s à un soutien effectif et il s’avère que le rôle d’intermédiation que joue l’OMP à travers ses interventions (visites, suivi des doléances, assistance juridique) a répondu à des demandes parfois désespérées de prisonniers. La dimension de solidarité, d’appui et d’aide humanitaire contribue en effet à alléger la souffrance liée à la détention et à réduire les risques de récidives.

Ce travail est réalisé par l’OMP à travers les axes d’intervention suivants :

Suivi des doléances des détenu(e)s :
La loi 98/23  régissant les établissements pénitentiaires prévoit, dans ses chapitres 98 et 99, les procédures de doléances des détenu(e)s. Dans ce cadre, l’OMP met en œuvre un dispositif de monitoring du respect des droits et de la dignité des prisonnier(e)s. Pour ce faire, il travaille avec un avocat chargé du suivi des doléances des détenu(e)s. Celui-ci a pour tâche de traiter les doléances transmises à l’OMP ou présentées lors des visites des lieux de détention, en se basant sur les lois nationales et les conventions internationales des droits humains relatives à l’administration des prisons. Sous la supervision du Bureau exécutif de l’OMP, il rédige des procédures et des courriers aux autorités concernées, pour la prise en charge des plaintes des détenu(e)s par l’administration pénitentiaire et leur résolution. Une moyenne de 200 dossiers sont traités annuellement. Des rapports annuels sur les doléances sont élaborés, publiés et diffusés aux autorités compétentes, aux acteurs administratifs, institutionnels et politiques concernés, aux médias et aux organisations de défense des droits humains. Ces rapports contribuent à apprécier les types et le niveau de disfonctionnements et d’évaluer le niveau de respect de la loi et des normes internationales relatives aux droits humains des prisonniers par les administrations pénitentiaires et le personnel des prisons. Il permet également d’engager des actions d’assistance ciblées et adaptées aux besoins les plus criants et de sensibiliser, mobiliser les réseaux de solidarité et de soutien aux détenus et leurs familles.

Assistance juridique aux détenu(e)s et sensibilisation – accompagnement :
Outre le droit à l’assistance judiciaire fournie aux détenu(e)s relative au déroulement du procès, plusieurs problèmes d’ordre administratif, social, de santé, économique, etc. sont vécus par les détenu(e)s, ces problèmes n’étant pas pris en charge par ladite assistance judiciaire. L’OMP intervient dans le champ de l’assistance juridique aux détenu(e)s dans le cadre d’une Convention avec la DGAPR, en vertu de laquelle des avocats sont mis à la disposition des prisonniers afin de leur fournir des informations juridiques sur leur situation d’incarcérés, sur leurs droits, ainsi que pour engager des procédures avec les administrations compétentes pour le règlement de ces problèmes. Des personnes ressources (professionnels et représentants d’OSC) sont également mobilisées lors des visites pour la dimension de sensibilisation – accompagnement. Cet axe d’intervention comprend la formation de groupes d’avocats, leur mobilisation à travers des missions d’assistance juridique aux détenu(e)s et leurs familles dans une dizaine de prisons du Royaume touchant environ 300 détenu(e)s par année, l’élaboration et la diffusion de matériel de sensibilisation, l’animation de séances spécifiques d’information, de sensibilisation et d’accompagnement, notamment sur les problèmes en lien avec la santé mentale, et ceux spécifiques aux femmes incarcérées, aux jeunes…, et l’élaboration de rapports périodiques et statistiques sur les résultats des actions d’assistance juridique et d’accompagnement.